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Illustration : Barbara Jet
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Illustration : Barbara Jet
COSMOS photo de Jack Moreh - freerangestock.com
Ceux qui n'ont pour passion que le travail
ne sauront jamais ce qu'est la vraie vie.
Méditez, jeunes gens, cette pensée
que beaucoup d' hommes apprennent
trop tard à leurs dépens.
*
Il était à quarante ans
un astronome renommé.
Assurément son métier était passionnant.
- Je n'ai pas le temps d'aimer,
disait-il souvent.
La fuite des galaxies occupait sa vie.
À la plus belle des brunes
il préférait la lune.
Depuis longtemps sa voisine,
fille jolie au doux nom de Céline,
l'aimait à la folie.
Lui, restait insensible
au charme de la demoiselle.
À l'heure où les amoureux
s'aiment tendrement
l'astronome levait les yeux
vers le firmament
pour observer le ciel.
Et les années passaient...
Quand il eut soixante ans,
la solitude devenant pesante,
il se mit à chercher l'âme sœur
et un soir de printemps une veuve élégante
croisa son chemin.
Sa maladresse, hélas ! ne plut pas à la dame.
- Retournez à vos planètes !
lui dit-elle implacable.
Et c'est pourquoi depuis, toutes les nuits,
il scrute les cieux,
la Lune, Platon et Saturne,
une larme dans les yeux.
Il est taciturne.
Avril 2021
Platon et Saturne.
Une larme dans les yeux,
il est taciturne.
On peut reprocher à bon nombre de poètes modernes de préférer l'hermétisme au plaisir de la communication.
J'aime ce moment de la vie de Neruda :
Un jour, sortant de la mine et lui tendant les bras, un ouvrier lui dit " Il y a longtemps que je te connais, mon frère".
Neruda mettait sa poésie au service des autres. Ce souci de communiquer a bien sûr ses exigences. Le poète ne saurait se satisfaire de la facilité.
Alors, quelle poésie pour notre temps ?
Elle doit être débarrassée de sa gangue comme celle de Guillevic, où chaque mot pèse, où rien n'est inutile.
C'est une poésie qui va chercher la poésie partout où elle est.
Comme l'écrit Francis Ponge, elle doit faire appel "au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au télescope, au microscope, aux deux bouts de la lorgnette, aux verres du presbyte, et du myope, au calembour, à la rime, à la contemplation, à l'oubli, au silence, au sommeil..."
C'est une poésie qui fait progresser le langage, une poésie visionnaire qui cherche à inventer le futur.
La poésie doit se manifester librement, sans limites, hors des systèmes, loin des chemins officiels.
Son triomphe sera celui de l'Homme.
Enfants qui jouez insouciants dans un parc, voilà ce que je voudrais dire aux hommes de demain :
- En cette fin de siècle, il y avait des poètes qui pensaient souvent à l'ombre d'Hiroshima et cette angoisse pesait sur eux.
Vous êtes là qui vous étonnez au spectacle d'une goutte de rosée sur l'herbe du matin. L'eau de l'étang est d'un bleu pur et le nénuphar refleurira bientôt.
À la mort ces visionnaires avaient préféré l'Utopie. Et ils ont eu raison.
Mai 1978
Dans le cadre du mois de poésie initié par par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été a été présenté à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry.
Créer, un besoin vital venu de loin.
Comment ne pas voir avec émotion ces premiers balbutiements de l'art, animaux sur les parois des grottes, premières représentations de la femme, premières manifestation du génie de l'homme ?
La boule d'argile qui devient cratère, la souche de vigne qui devient visage, le marbre, la pierre qui prennent vie sous les doigts de l'artiste,
les mots assemblés avec la patience de l'artisan,
Oui, créer, c'est bien tendre vers l'absolu, c'est engager son existence.
Pierre Seghers avait raison quand il écrivait :" Si la poésie ne vous aide pas à vivre, faites autre chose. Je la tiens pour essentielle à l'homme autant que les battements du cœur."
Essentielle à l'homme comme le pain et l'eau.
Entrer dans l'univers du poète, c'est rencontrer une autre idée de l'homme.
L'homme moderne, poussé à la réussite sociale, joue un personnage avec plus ou moins de réussite. C'est un homme mutilé.
La puissance du rêve et l'imagination créatrice, l'authenticité, sont brisées dès l'enfance.
L'homme complet, tel que nous l'enseignent les civilisations hindoues et africaines, inclut dans sa vie la danse, la musique, la poésie. Il vit en osmose avec la nature. Vision cosmique de l'Homme intégré à la nature.
Débarrassé du carcan des habitudes, le poète, comme le sage du Gange, va vers la nature, vers des pays sans nom et sans frontières, dans une symphonie d'eau, de vent de lumière.
Sa patrie c'est le vent, la pluie, le lac et la rivière.
C'est la nuit aux ombres familières et le silence à l'heure des méditations.
Tel est le miracle de la poésie et de l'art qui transfigurent les choses et donnent à la vie une autre dimension.
à suivre
Dans le cadre du mois de poésie initié par par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été a été présenté à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry.
2
(La ville est un grand temple vide)
À défaut d'exister, on possède.
On se laisse guider, on abdique, on se laisse séduire.
Et les jours passent.
Alors pour oublier, on part et l'on va où les autres sont déjà et une fois encore on rejoint la foule qui n'a rien à vous dire,
qui passe à côté de vous dans la frénésies des klaxons, dans le bruit des machines.
Et la lumière des néons, les affiches publicitaires, les lampes des cafés sont là pourtant qui vous rappellent qu'ici des hommes vivent.
Certains d'entre eux vivent couchés dans l'abondance.
Et les décibels de leurs grosses voitures couvrent les cris de ceux qui, mutilés, torturés dans les prisons de la honte ne savent pas si demain ils verront le soleil,
les cris de ceux qui n'ont rien, pas même la force d'être. Et ils traînent leurs corps décharnés à la recherche de la goutte d'eau, du grain de riz qui maintiendront en eux et pour combien de temps une faible étincelle de vie.
*
Poète, tu regardes ce monde qui ne tourne plus rond.
Tu viens avec pour seule force ton amour du Beau et du Vrai.
Tu viens avec tes pauvres mots.
Et tu dis aux hommes : " Vous avez engendré la folie et la folie vous menace."
à suivre
Dans le cadre du mois de poésie initié par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été présenté à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry.
Extrait :
présentation de 2025
*
Poète, qui entendra ta voix dans cette foule qui va vers son destin
et qui ne pense qu'à survivre dans un îlot de solitude
ou à fuir car elle a peur de la vérité ?
La ville qui fourmille de richesses est un grand temple vide
et les tours de béton où s'entassent les anonymes secrètent l'ennui.
Alors dans la froideur des meubles de formica,
on tue le temps à coups d'artifices,
on se réfugie où l'on peut,
on se grise de vitesse, de paradis dangereux.