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jeudi 13 mai 2021

La force des racines.lect

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                                              Illustration : Barbara Jet 

     

   Je ne sais rien de plus grand que le spectacle de ces arbres d'Auvergne qui sur les pentes verticales de la  montagne accrochent dans la roche volcanique leurs racines, pieuvres gigantesques, énormes bras noueux.
 
   Quelle énergie  meut ces arbres ?
Par quelle volonté puisent-ils dans le roc hostile les substances  qui feront croître leur tronc et pousser vers le ciel leurs  têtes effilées ?
Quelle force les anime, si ce n' est la rage de vivre ?

Mai 1975 (Images Vues)

 


jeudi 29 avril 2021

L'astronome (fable)

 

                                  COSMOS photo de Jack Moreh - freerangestock.com


Ceux qui n'ont pour passion que le travail

ne sauront jamais ce qu'est la vraie vie.

Méditez, jeunes gens, cette pensée

que beaucoup  d' hommes apprennent  

trop tard  à leurs dépens.

                   *

Il était à quarante ans

un astronome renommé.

Assurément son métier était passionnant.

 - Je n'ai pas le temps d'aimer,   

disait-il souvent.


Il ne pensait qu'au cosmos.

La fuite  des galaxies occupait sa vie.

À la plus belle des brunes

il préférait la lune.

 

Depuis longtemps sa voisine,   

fille jolie au doux nom de Céline,

l'aimait à la folie.

Lui, restait insensible

au charme de la demoiselle.


À l'heure où les amoureux

s'aiment tendrement

l'astronome levait les yeux

vers le firmament

pour observer le ciel.

Et les années passaient...


Quand il eut soixante ans,  

la solitude devenant pesante,

il se mit  à chercher l'âme sœur

et un soir de printemps une veuve élégante

croisa son chemin.

Sa maladresse, hélas ! ne plut pas à la dame.

- Retournez à vos planètes !

lui dit-elle implacable.


Et c'est pourquoi depuis, toutes les nuits,

il  scrute  les cieux, 

la Lune, Platon et Saturne,

une larme dans les yeux.

Il est taciturne.

Avril 2021













 Platon et Saturne.


Une larme dans les yeux,

il est taciturne.




jeudi 1 avril 2021

Les vents contraires (n°5)

 


  On peut reprocher à bon nombre de poètes modernes de préférer l'hermétisme au plaisir de la  communication.

 J'aime ce moment de la vie de Neruda :

Un jour, sortant de la mine et lui tendant les bras, un ouvrier lui dit " Il y a longtemps que je te connais, mon frère".

Neruda mettait sa poésie au service des autres. Ce souci de communiquer a bien sûr ses exigences. Le poète ne saurait se satisfaire de la facilité.

Alors, quelle poésie pour notre temps ?

Elle doit être  débarrassée de sa gangue comme celle de Guillevic, où chaque mot pèse, où rien n'est inutile.

C'est une poésie qui va chercher la poésie partout où elle est.

Comme l'écrit Francis Ponge, elle doit faire appel "au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au télescope, au microscope, aux deux bouts de la lorgnette, aux verres du presbyte, et du myope, au calembour, à la rime, à la contemplation, à l'oubli, au silence, au sommeil..."

C'est une poésie qui fait progresser le langage, une poésie visionnaire qui cherche à inventer le futur.

La poésie doit se manifester librement, sans limites, hors des systèmes, loin des chemins officiels.

Son triomphe sera celui de l'Homme.

Enfants qui jouez insouciants dans un parc, voilà ce que je voudrais dire aux hommes de demain :

- En cette fin de siècle, il y avait des poètes qui pensaient souvent à l'ombre d'Hiroshima et cette angoisse pesait sur eux.

Vous êtes là qui vous étonnez au spectacle d'une goutte de rosée sur l'herbe du matin. L'eau de l'étang est d'un bleu pur et le nénuphar refleurira bientôt.

À la mort ces visionnaires avaient préféré l'Utopie. Et ils ont eu raison.

Mai 1978

jeudi 25 mars 2021

Les vents contraires - n°4

 


Dans le cadre du mois de poésie initié par  par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été  a été présenté  à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry. 

Créer, un besoin vital venu de loin.

Comment ne pas voir avec émotion ces premiers balbutiements de l'art, animaux sur les parois des grottes, premières représentations de la femme, premières manifestation du génie de l'homme ?

La boule d'argile qui devient cratère, la souche de vigne qui devient visage, le marbre, la pierre qui prennent vie sous les doigts de l'artiste,

les mots assemblés avec la patience de l'artisan,

Oui, créer, c'est bien tendre vers l'absolu, c'est engager son existence.

Pierre Seghers avait raison quand il écrivait :" Si la poésie ne vous aide pas à vivre, faites autre chose. Je la tiens pour essentielle à l'homme autant que les battements du cœur."

Essentielle à l'homme comme le pain et l'eau.

Entrer dans l'univers du poète, c'est rencontrer une autre idée de l'homme.

L'homme moderne, poussé à la réussite sociale, joue un personnage avec plus ou moins de réussite. C'est un homme mutilé.

La puissance du rêve et l'imagination créatrice, l'authenticité, sont brisées dès l'enfance.

L'homme complet, tel que nous l'enseignent les civilisations hindoues et africaines, inclut dans sa vie la danse, la musique, la poésie. Il vit en osmose avec la nature. Vision cosmique de l'Homme intégré à la nature.

Débarrassé du carcan des habitudes, le poète, comme le sage du Gange, va vers la  nature, vers des pays sans nom et sans frontières, dans une symphonie d'eau, de vent de lumière.

Sa patrie c'est le vent, la pluie, le lac et la rivière.

C'est la nuit aux ombres  familières et le silence à l'heure des méditations.

Tel est le miracle de la poésie et de l'art qui transfigurent les choses  et donnent à la vie une autre dimension.

à suivre


jeudi 18 mars 2021

Les vents contraires - n°3


 Dans le cadre du mois de poésie initié par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été  présenté  à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry.

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Le monde du poète

  Tandis que des ombres sinistres se profilent au loin et que des assoiffés d'argent souillent les mers, pillent les champs, massacrent nos forêts,
Poète, tu vas à la recherche de l'authenticité, à la découverte de la vraie vie.

  Artistes, poètes, la société vous rejette, faut-il s'en étonner ?
  Un jour de juillet, un homme  mourait d'un coup de revolver dans la poitrine. 
C'était l'époque où Meissonnier, médiocre peintre apprécié de son vivant, vendait très cher ses toiles. Lui avait vécu dans la misère. Il s'appelait Van Gogh.

Un jour, il avait recopié pour son frère Théo cette pensée de Renan :
"L'homme est ici-bas pour réaliser de grandes choses pour la  société, pour arriver à la noblesse et dépasser la vulgarité où se traîne l'existence de presque tous les individus".
Chercher à donner un sens à sa vie, refuser la vulgarité,
n'est-ce pas ce qui pousse l'homme à créer ?

                                      *
Le monde du poète, un autre monde en vérité.
Une route traverse la forêt, c'est le temps des vacances. Loin des embouteillages, des stations balnéaires, enfonçons-nous dans la forêt et regardons ces choses banales  qui, au poète, paraissent toujours neuves.
Pour lui, la nature est plus qu'une source de joie. En décrivant la fleur, le fruit, l'arbre, la grenouille, le poète se sent muni d'un pouvoir intense, celui de recréer les choses.
La pomme de pin qu'il tient dans sa main révèle son existence.

Nécessité de la création.
Pour le poète, se battre avec les mots et noircir la page blanche. 
C'est le triomphe de la liberté sur l'obscurité. 
La victoire de l'homme sur lui-même.

à suivre

jeudi 11 mars 2021

Les vents contraires - n°2

 








Dans le cadre du mois de poésie initié par  par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été  a été présenté  à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry. 

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(La ville est un grand temple vide)

À défaut d'exister, on possède.

On se laisse guider, on abdique, on se laisse séduire.

Et les jours passent.

Alors pour oublier, on part et l'on va où les autres sont déjà et une fois encore on rejoint la foule qui n'a rien à vous dire,

qui passe à côté de vous dans la frénésies des klaxons, dans le bruit des machines.

Et la lumière des néons, les affiches publicitaires, les lampes des cafés sont là pourtant  qui vous rappellent qu'ici des hommes vivent.

Certains d'entre eux vivent couchés dans l'abondance.

Et les décibels de leurs grosses voitures  couvrent les cris de ceux qui, mutilés, torturés dans les prisons de la honte ne savent pas si demain ils verront le soleil,

les cris de ceux qui n'ont rien, pas même la force d'être. Et ils traînent leurs corps décharnés à la recherche de la goutte d'eau, du grain de riz  qui maintiendront en eux et pour combien de temps une faible étincelle de vie.

                                   *

Poète, tu regardes ce monde qui ne tourne plus rond.

Tu viens avec pour seule force ton amour du Beau et du Vrai.

Tu viens avec tes pauvres mots.

Et tu dis aux hommes : " Vous avez engendré la folie et la folie vous menace."

à suivre

jeudi 4 mars 2021

présentation.lect



 Dans le cadre du mois de poésie initié par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été  présenté  à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry. 

Extrait :


  présentation de 2025                                                      



Être poète en cette fin de siècle, pour quoi faire? Sublime ou dérisoire, la poésie ?
La poésie, un aimable divertissement, l'alignement de mots aux sonorités plus ou moins belles ? Un jeu de l'esprit ? Ou la poésie essentielle à l'homme ?
La poésie étrangère à tant d'individus. Un mode d'expression condamné à rester limité à quelques amateurs ?
La poésie pour beaucoup souvenir de l'école où elle n'était trop souvent qu'exercice de mémoire.
La poésie qu'on fuit, qu'on ignore et le poète dont on se gausse, gentil farfelu enfourchant un nuage.

Et pourtant ils sont là, les poètes qui poursuivent leur route et qui vont les mains nues et qui poussent leur cri.

Cri d'amour. Cri d'alarme car le monde va mal.

                            *



Poète, qui entendra ta voix dans cette foule qui va vers son destin 

et qui ne pense qu'à survivre dans un îlot de solitude 

ou à fuir car elle a peur de  la vérité ?

 La ville qui fourmille de richesses est un grand temple vide

et les tours de béton où s'entassent les anonymes  secrètent l'ennui.

Alors dans la froideur des meubles de formica, 

on tue le temps à coups d'artifices,

on se réfugie où l'on peut,

on se grise de vitesse, de paradis dangereux.





                                   

voyage et les marins