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jeudi 3 juin 2021

Le temps qui passe

                                                


Sur de  vieux carnets ouverts dans les années 70, il y avait des idées de poèmes. J'en ai  choisi quelques-unes  dernièrement pour les mettre en forme :


Le miroir


Le temps qui passe

laisse sa trace.

Devant ta glace

tu vois, meurtrie,

des cheveux gris

et quelques rides.

Tu broies du noir

tu crains le vide.

- Dis adieu à ce vieux miroir.


               *

Été

      1

Baisers mouillés

Sur une plage.   

Filles sauvages  

voilà juillet.  

                                    

             2

Ève rêvait devant la mer

sur un  lit de sable roux,

son corps parfait offert

au soleil d'août.

Et lui, subjugué, regardait

cette  inaccessible beauté

qui le rendait fou.



jeudi 27 mai 2021

Père

 

                                                             Père

Méfie-toi des mots et de leurs pièges.

Tu prononces le mot père et le malentendu commence.

Père, mot admirable. C'est ton père mort à Dachau, ton père ce martyr, ce héros.

Père, mot tabou. Père, tu n'oses prononcer ce mot, toi qui es né de père inconnu.

Père, mot que tu n'aimes pas. Père égoïste qui abandonna ta mère pour vivre sa vie, comme il disait, et que tu ne vis jamais.

Père, mot honteux. Père, ce salaud qui livra aux nazis des   résistants pendant la guerre.

Père, mot sublime pour certains. Notre Père des prières.

Père qui êtes aux cieux et qui vous y cachez bien.

Mais ouvre un dictionnaire. Tu liras : Père, homme qui a engendré un ou plusieurs enfants.

(extrait de Images Vues)

jeudi 20 mai 2021

La fantaisie

 



Bœuf miroton

Toutankhamon

Constellation

Révolution

                                                Alexandrie

                                                Travail patrie

                                       Un bol de riz

                                                 Amant mari

Un vieux maniaque

Gaz ammoniac

Coup de matraque

Un  œuf de Pâques

                                                  Éléonore

                                                  D'accord d'accord  

                                                  Elle est en or

                                                  Perdre le nord  

Mars 1974

                                           *  

Un poète avait chanté ça un soir d'été.

Et après l'avoir écouté

chacun a donné son avis.

Le snob a dit:

- Pensée profonde !

On y sent   l'inquiétude du monde.

Un jeune homme  a déclaré :

- Vous êtes un affreux réactionnaire!

- C'est plutôt  la pensée d'un révolutionnaire 

a dit un vieillard renfrogné.


                              *
Et le poète avait bien ri.

 Tous ces gens avaient oublié

que parfois la poésie 

prend la voie de la fantaisie.

  Mai 2021 

jeudi 13 mai 2021

La force des racines.lect

 79

                                              Illustration : Barbara Jet 

     

   Je ne sais rien de plus grand que le spectacle de ces arbres d'Auvergne qui sur les pentes verticales de la  montagne accrochent dans la roche volcanique leurs racines, pieuvres gigantesques, énormes bras noueux.
 
   Quelle énergie  meut ces arbres ?
Par quelle volonté puisent-ils dans le roc hostile les substances  qui feront croître leur tronc et pousser vers le ciel leurs  têtes effilées ?
Quelle force les anime, si ce n' est la rage de vivre ?

Mai 1975 (Images Vues)

 


jeudi 29 avril 2021

L'astronome (fable)

 

                                  COSMOS photo de Jack Moreh - freerangestock.com


Ceux qui n'ont pour passion que le travail

ne sauront jamais ce qu'est la vraie vie.

Méditez, jeunes gens, cette pensée

que beaucoup  d' hommes apprennent  

trop tard  à leurs dépens.

                   *

Il était à quarante ans

un astronome renommé.

Assurément son métier était passionnant.

 - Je n'ai pas le temps d'aimer,   

disait-il souvent.


Il ne pensait qu'au cosmos.

La fuite  des galaxies occupait sa vie.

À la plus belle des brunes

il préférait la lune.

 

Depuis longtemps sa voisine,   

fille jolie au doux nom de Céline,

l'aimait à la folie.

Lui, restait insensible

au charme de la demoiselle.


À l'heure où les amoureux

s'aiment tendrement

l'astronome levait les yeux

vers le firmament

pour observer le ciel.

Et les années passaient...


Quand il eut soixante ans,  

la solitude devenant pesante,

il se mit  à chercher l'âme sœur

et un soir de printemps une veuve élégante

croisa son chemin.

Sa maladresse, hélas ! ne plut pas à la dame.

- Retournez à vos planètes !

lui dit-elle implacable.


Et c'est pourquoi depuis, toutes les nuits,

il  scrute  les cieux, 

la Lune, Platon et Saturne,

une larme dans les yeux.

Il est taciturne.

Avril 2021













 Platon et Saturne.


Une larme dans les yeux,

il est taciturne.




jeudi 1 avril 2021

Les vents contraires (n°5)

 


  On peut reprocher à bon nombre de poètes modernes de préférer l'hermétisme au plaisir de la  communication.

 J'aime ce moment de la vie de Neruda :

Un jour, sortant de la mine et lui tendant les bras, un ouvrier lui dit " Il y a longtemps que je te connais, mon frère".

Neruda mettait sa poésie au service des autres. Ce souci de communiquer a bien sûr ses exigences. Le poète ne saurait se satisfaire de la facilité.

Alors, quelle poésie pour notre temps ?

Elle doit être  débarrassée de sa gangue comme celle de Guillevic, où chaque mot pèse, où rien n'est inutile.

C'est une poésie qui va chercher la poésie partout où elle est.

Comme l'écrit Francis Ponge, elle doit faire appel "au dictionnaire, à l'encyclopédie, à l'imagination, au télescope, au microscope, aux deux bouts de la lorgnette, aux verres du presbyte, et du myope, au calembour, à la rime, à la contemplation, à l'oubli, au silence, au sommeil..."

C'est une poésie qui fait progresser le langage, une poésie visionnaire qui cherche à inventer le futur.

La poésie doit se manifester librement, sans limites, hors des systèmes, loin des chemins officiels.

Son triomphe sera celui de l'Homme.

Enfants qui jouez insouciants dans un parc, voilà ce que je voudrais dire aux hommes de demain :

- En cette fin de siècle, il y avait des poètes qui pensaient souvent à l'ombre d'Hiroshima et cette angoisse pesait sur eux.

Vous êtes là qui vous étonnez au spectacle d'une goutte de rosée sur l'herbe du matin. L'eau de l'étang est d'un bleu pur et le nénuphar refleurira bientôt.

À la mort ces visionnaires avaient préféré l'Utopie. Et ils ont eu raison.

Mai 1978

jeudi 25 mars 2021

Les vents contraires - n°4

 


Dans le cadre du mois de poésie initié par  par la DRAC du Nord-Pas-de-Calais en 1978, le texte Les vents contraires a été  a été présenté  à Boulogne-sur-mer sous forme de diaporama, avec en fond sonore la Messe pour le temps présent de Pierre Henry. 

Créer, un besoin vital venu de loin.

Comment ne pas voir avec émotion ces premiers balbutiements de l'art, animaux sur les parois des grottes, premières représentations de la femme, premières manifestation du génie de l'homme ?

La boule d'argile qui devient cratère, la souche de vigne qui devient visage, le marbre, la pierre qui prennent vie sous les doigts de l'artiste,

les mots assemblés avec la patience de l'artisan,

Oui, créer, c'est bien tendre vers l'absolu, c'est engager son existence.

Pierre Seghers avait raison quand il écrivait :" Si la poésie ne vous aide pas à vivre, faites autre chose. Je la tiens pour essentielle à l'homme autant que les battements du cœur."

Essentielle à l'homme comme le pain et l'eau.

Entrer dans l'univers du poète, c'est rencontrer une autre idée de l'homme.

L'homme moderne, poussé à la réussite sociale, joue un personnage avec plus ou moins de réussite. C'est un homme mutilé.

La puissance du rêve et l'imagination créatrice, l'authenticité, sont brisées dès l'enfance.

L'homme complet, tel que nous l'enseignent les civilisations hindoues et africaines, inclut dans sa vie la danse, la musique, la poésie. Il vit en osmose avec la nature. Vision cosmique de l'Homme intégré à la nature.

Débarrassé du carcan des habitudes, le poète, comme le sage du Gange, va vers la  nature, vers des pays sans nom et sans frontières, dans une symphonie d'eau, de vent de lumière.

Sa patrie c'est le vent, la pluie, le lac et la rivière.

C'est la nuit aux ombres  familières et le silence à l'heure des méditations.

Tel est le miracle de la poésie et de l'art qui transfigurent les choses  et donnent à la vie une autre dimension.

à suivre


voyage et les marins