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jeudi 25 juin 2020

Le cancre

                                                            

"... Sous les huées des enfants prodiges

avec des craies de toutes les couleurs

sur le tableau noir du malheur

il dessine le visage du bonheur. "

     ( Jacques Prévert )


Quand Prévert était élève, il n'était pas rare que certains professeurs ignorant les principes de la pédagogie et de la psychologie fassent beaucoup de tort aux élèves en portant sur eux des jugements blessants.


*


Nicolin, vous êtes un cancre !

La sentence prononcée  par le professeur résonne terriblement dans la tête de l’élève.

Cancre, ce mot lui fait mal. Intuitivement, il lui fait penser à cancer. Il saura plus tard qu'il ne se trompait pas.

Dans la cour du collège, il se met  à l'écart des camarades dont il ne supporte plus les moqueries.

Il n'a  rien compris au texte magnifique de Victor Hugo, a dit le professeur. Ce combat de Roland et d'Olivier, il a bien essayé de le lire avec attention. Il n'y est pas parvenu, tant il l'a détesté. 

Cette lutte interminable entre deux hommes, ces histoires d'épées affublées de noms stupides ─ Closamont,  Durandal ─, ces affaires de heaume et de haubert, il ne les a pas supportées. 

- C'est un devoir bâclé, un texte sans âme, a ajouté le professeur.


Sa grande passion, c'est le dessin. À longueur de journée, il dessine des animaux dans leur cadre naturel. Plus tard, il écrira des livres qui feront rêver les enfants. Il parlera de poules d'eau, d'escargots, de chevauchées fantastiques dans des plaines immenses ...

Il y pense passionnément et tous les zéros de son carnet de notes s'envolent et vont se perdre dans les nuages.


jeudi 11 juin 2020

Les voyages imaginaires




                           Photo MabelAmber - pixabay.com


J'aurais aimé sur un nuage
porté par des vents sympathiques
partir vers d'autres paysages
et découvrir les Amériques

J'aurais voulu comme l'oiseau
m'en aller aux premières brumes
et revenir quand il fait beau
user au nid mes vieilles plumes

Mais je n'ai jamais voulu vivre
loin de ma rue, de mon village
Alors j'ai cherché dans les livres
ma part de rêve et de voyages.

1981


jeudi 28 mai 2020

La rose (Conte bref)

                                                             
                                              Photo Josh 13 -pixabay.com


  C'était une classe étrange. Il y avait des élèves de tous âges : quelques-uns avaient une dizaine d'années, d'autres étaient beaucoup plus vieux. Parmi eux il y avait le président - directeur général d'une grande firme, un botaniste érudit, deux militaires et trois gendarmes. Le maître était un jeune homme sympathique. Il tenait à la main une rose.
- Regardez bien cette rose, dit le maître. Que pouvez-vous me dire au sujet de cette fleur ?
Les gendarmes se turent. Ils pensaient à autre chose. Les militaires firent de même : dans les manuels de l'armée il n'est jamais question de roses.
- Je connais bien cette rose, dit le botaniste. Son nom est "rosa centafolia "qu'il ne faut pas confondre avec...
Le maître l'interrompit :
- Cela ferait l'objet d'une belle conférence, dit-il. Je vous remercie.
Le PDG hasarda une réponse :
- J'ai offert trois roses hier à mon épouse. Cela m'a coûté trois florins, c'est-à-dire le salaire que je donne à un ouvrier pour une heure de travail.
Le maître paraissait découragé.
- Ces gens ont tout à apprendre, pensa-t-il. Ils ne savent même pas ce qu'est une rose ! Sauront-ils jamais écouter le chant du rossignol, admirer le coucher du soleil sur la mer, apprécier la patience d'une fourmi ?
  J'ai bien peur qu'il ne soit déjà trop tard. Hier  j'ai vu des centaines d'oiseaux morts sur une plage.

1974 (Un jour comme les autres)


jeudi 30 avril 2020

Un temps bien singulier

Photo Glady - pixabay.com

                                         Un temps bien singulier 

Nous vivons une époque pleine de contradictions, d'injustices et de comportements curieux...

Le salon

Les marguerites s'ennuient 
dans le vase d'argent

Au salon, les dames prennent le thé
et causent en riant

Sur la grand-place un homme est mort
de n'avoir su se résigner

Et les fleurs du chemin
ont fermé leur corolle.


jeudi 23 avril 2020

L'artiste maudit



Tableau de Van Gogh

Nul n'a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé,
construit,  inventé, que pour sortir en fait de l'enfer. 
(Antonin Artaud)

ARTISTE MAUDIT

À la recherche d'absolu, il a erré de ville en ville
noyant dans des rencontres brèves et de mauvais alcools
ses douleurs  infinies.

Ses angoisses ont lassé les femmes qu'il avait aimées.
Il n'a jamais  connu ces instants de bonheur qui rassurent les gens ordinaires.
Nul dieu n'a pu le consoler.

Et inlassablement il a mis sur la toile des soleils torturés, des blés éblouissants
et des terres brûlantes. Des tableaux que personne n'aimait.

 Sa vie fut un enfer et c'était un génie.


jeudi 9 avril 2020

Le philosophe et le jeune homme (fable)


La fable, court récit en vers ou en prose qui vise à donner de façon plaisante une leçon de vie, a été plus ou moins abandonnée au cours des derniers siècles. C'est dommage !


Photo Arvndvisual -pixabay.com
- Moi disait le philosophe
les hommes me font sourire,
ils sont si naïfs !
À quoi bon leurs passions, leurs querelles ?
Regardez-les qui s'agitent.
Voyez là-bas :
l'un est de gauche, l'autre de droite
et pour des choses mesquines
ils sont prêts à se battre.

 Le monde, poursuivait le philosophe,
 il faut le regarder de haut,
 un peu comme un astronaute
 le voit de la lune.
 Tout paraît alors si simple !

 Passe une belle femme.
 Le philosophe presse le pas, la suit,
 arrête la conversation.

 - Cher Monsieur, dit le jeune homme,
 vous avez mille fois raison.
 Mais, de la lune,
 auriez-vous vu cette brune ?

 Janvier 1974

jeudi 2 avril 2020

Le saule

                                      Photo Couleur Ilona - pixabay.com

   Dès qu’on évoque son nom, c’est une image de tristesse qui vient à l’esprit. Parlant du saule, Alfred de Musset écrivait :
« J’aime son feuillage éploré ».
Le poète aimait tant le saule qu’il avait fait ce vœu :
« Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière ».

   Quant à Brassens, dans le Testament, il chantait qu’il serait « triste comme un saule » quand la mort l’appellerait.

   Anna Akhmatova était elle aussi attirée par le  saule. Celui-ci avait accompagné son enfance et était mort avant elle. En 1940, après un long silence forcé, elle reprenait la parole pour rendre hommage à son arbre :
«  C’est étrange ! Je lui ai survécu….
Je me tais…On dirait que mon frère est mort ». 

LE SAULE

Les branches du saule
sous lequel chaque soir
elle venait s’asseoir
ne boiront plus l’eau de la source.
La jeune fille au sourire étrange
ne viendra plus confesser ses douleurs
et le vieil arbre  qui sait
qu’il ne sentira plus la douceur
des mains qui se posaient sur lui
n’a plus envie de vivre.

2010

voyage et les marins