Rechercher sur ce blogue

jeudi 13 août 2020

L'huître

                                 

     Photo Jay Mantri - Pixabay

     Observer une huître n'a rien de fascinant : la coquille, de couleur terne, présente de nombreuses aspérités, la valve du dessus est assez plate, celle du dessous est plus ou moins bombée. Son aspect est banal et ne présente aucun signe de beauté.

     L'huître est un animal. Mais  elle ne possède pas le caractère le plus distinctif des êtres vivants, la capacité de se mouvoir. Elle passe sa vie, immobile, enfermée dans sa coquille accrochée à un rocher.

     On peut rester des heures à regarder jouer un chat, voir un cheval qui galope ou  un jeune chien qui joue. On peut même avec eux avoir des échanges. On suit avec intérêt les allées et venues d'une mésange dans le jardin, le vol curieux d'un papillon, la lente progression d'un escargot égaré sur la vitre d'une véranda. L'activité débordante des fourmis qui ramènent quelques minuscules morceaux de nourriture est étonnante. Les tentatives timides du lézard pour s'approcher de la terrasse ensoleillée, et qui se sauve au moindre bruit, vous amusent.  Voilà des animaux, plus ou moins familiers, qui savent capter votre attention. 

     Chez l'huître, la vie n'apparaît pas au premier regard. Il faudra faire preuve d'habileté, s'équiper d'un couteau bien adapté pour forcer la coquille à s'ouvrir. Il s'agit d'un exercice délicat qui se termine de temps en temps par un accident : le muscle puissant qui réunit les deux valves offre une résistance si forte que le couteau vient parfois se planter dans la chair de la personne trop pressée.

  Quand la coquille est ouverte, la manifestation de la vie se produit enfin lorsque quelques gouttes de citron tombent sur le mollusque. On aperçoit alors un frémissement du manteau. Ce léger mouvement est la preuve que l'huître est vivante.

 2019

 

  


samedi 1 août 2020

le promeneur dans le champ

                                                              
                                               Photo Jill Wellington - pixabay


   Le promeneur qui s'arrête pour contempler le champ de tournesols s'émerveille devant le spectacle qu'il a devant lui.
C'est la beauté pure, naturelle, de la fleur qui se fanera bientôt, mais cela ne le chagrine pas. Il sait que le champ refleurira au prochain été.

Août 2020





mercredi 15 juillet 2020

L'orange et l'enfant.lect

71



   L'enfant  qui regarde  l'orange est impatient

de boire le jus sucré du fruit.

il ne prend pas la peine de se débarrasser de la peau épaisse

qui l'enveloppe.

Il tranche l'agrume en deux et mord dans la chair

à pleines dents.

Son plaisir est quelque peu gâché

par la présence de  pépins

que sa bouche souhaiterait ne pas rencontrer.


   Il lui faudra grandir, étudier de longues années,

en quelque sorte mûrir,

pour comprendre, comme l'affirme Francis Ponge,

que le pépin est " avec certitude

la raison d'être du fruit ".


Décembre 2017


jeudi 2 juillet 2020

La montagne.lect


57


Dans les années 1960 à 1980, je mettais la plupart du temps mes poèmes en musique, ce qui m'obligeait à écrire des vers classiques.

                                        La montagne


                                   *
Mystérieuse montagne, imposante et sereine,
tu m'apparus d'abord hostile sous ton voile
puis j'appris à t'aimer, à oublier mes peines
quand je te regardais  au milieu des étoiles.

Souvent je pense encore à ces nuits de bonheur
quand nous allions vers toi chercher l'intimité.
Nous restions sans parler pendant de longues heures
et le silence avait un goût d'éternité.

Été 1973

jeudi 25 juin 2020

Le cancre

                                                            

"... Sous les huées des enfants prodiges

avec des craies de toutes les couleurs

sur le tableau noir du malheur

il dessine le visage du bonheur. "

     ( Jacques Prévert )


Quand Prévert était élève, il n'était pas rare que certains professeurs ignorant les principes de la pédagogie et de la psychologie fassent beaucoup de tort aux élèves en portant sur eux des jugements blessants.


*


─ Nicolin, vous êtes un cancre !

La sentence prononcée  par le professeur résonne terriblement dans la tête de l’élève.

Cancre, ce mot lui fait mal. Intuitivement, il lui fait penser à cancer. Il saura plus tard qu'il ne se trompait pas.

Dans la cour du collège, il se met  à l'écart des camarades dont il ne supporte plus les moqueries.

Il n'a  rien compris au texte magnifique de Victor Hugo, a dit le professeur. Ce combat de Roland et d'Olivier, il a bien essayé de le lire avec attention. Il n'y est pas parvenu, tant il l'a détesté. 

Cette lutte interminable entre deux hommes, ces histoires d'épées affublées de noms stupides ─ Closamont,  Durandal ─, ces affaires de heaume et de haubert, il ne les a pas supportées. 

- C'est un devoir bâclé, un texte sans âme, a ajouté le professeur.


Sa grande passion, c'est le dessin. À longueur de journée, il dessine des animaux dans leur cadre naturel. Plus tard, il écrira des livres qui feront rêver les enfants. Il parlera de poules d'eau, d'escargots, de chevauchées fantastiques dans des plaines immenses ...

Il y pense passionnément et tous les zéros de son carnet de notes s'envolent et vont se perdre dans les nuages.


jeudi 11 juin 2020

Les voyages imaginaires




                           Photo MabelAmber - pixabay.com


J'aurais aimé sur un nuage
porté par des vents sympathiques
partir vers d'autres paysages
et découvrir les Amériques

J'aurais voulu comme l'oiseau
m'en aller aux premières brumes
et revenir quand il fait beau
user au nid mes vieilles plumes

Mais je n'ai jamais voulu vivre
loin de ma rue, de mon village
Alors j'ai cherché dans les livres
ma part de rêve et de voyages.

1981


jeudi 28 mai 2020

La rose (Conte bref)

                                                             
                                              Photo Josh 13 -pixabay.com


  C'était une classe étrange. Il y avait des élèves de tous âges : quelques-uns avaient une dizaine d'années, d'autres étaient beaucoup plus vieux. Parmi eux il y avait le président - directeur général d'une grande firme, un botaniste érudit, deux militaires et trois gendarmes. Le maître était un jeune homme sympathique. Il tenait à la main une rose.
- Regardez bien cette rose, dit le maître. Que pouvez-vous me dire au sujet de cette fleur ?
Les gendarmes se turent. Ils pensaient à autre chose. Les militaires firent de même : dans les manuels de l'armée il n'est jamais question de roses.
- Je connais bien cette rose, dit le botaniste. Son nom est "rosa centafolia "qu'il ne faut pas confondre avec...
Le maître l'interrompit :
- Cela ferait l'objet d'une belle conférence, dit-il. Je vous remercie.
Le PDG hasarda une réponse :
- J'ai offert trois roses hier à mon épouse. Cela m'a coûté trois florins, c'est-à-dire le salaire que je donne à un ouvrier pour une heure de travail.
Le maître paraissait découragé.
- Ces gens ont tout à apprendre, pensa-t-il. Ils ne savent même pas ce qu'est une rose ! Sauront-ils jamais écouter le chant du rossignol, admirer le coucher du soleil sur la mer, apprécier la patience d'une fourmi ?
  J'ai bien peur qu'il ne soit déjà trop tard. Hier  j'ai vu des centaines d'oiseaux morts sur une plage.

1974 (Un jour comme les autres)


voyage et les marins