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vendredi 22 mars 2019

Minuit sonne


                                                   Poème n° 28

                                           Minuit sonne

Minuit sonne à l'église voisine.

Minuit sonne  c'est l'heure
des amours clandestines
des   amours  passagères 
nées  d'un regard.

Minuit sonne  à  l'église voisine
près du port des marins cherchent  
dans  des   alcools râpeux
une improbable volupté.

Minuit sonne à l'église voisine. 
Minuit  sonne, c'est l'heure
où dans la solitude  
renaissent les douleurs.

C'est  l'heure  où  des   ombres hideuses 
se glissent dans les rêves 
de l’enfant qui a peur.

Minuit sonne à l'église voisine.
Sur la fenêtre de ma chambre 
un papillon déploie ses ailes.

1er février 2013


vendredi 8 mars 2019

Femmes d'ici.lect


                                             Poème n° 43





Femmes d'ici, femmes d'ailleurs

Femmes d’ici femmes d’ailleurs
vous qui implorez le ciel pour que revienne la pluie
qui fera germer le riz
Vous qui avez vu vos fils vos maris 

emmenés dans des geôles
où s’acheva leur vie
Vous qui avez tout donné et qu'on abandonna
aux longues nuits d'hiver
sans feu et sans personne
Vous qui étiez si belles à vingt ans
et que les durs travaux
ont implacablement  brisées
Femmes d'ici femmes d'ailleurs
Vous êtes la promesse
des prochaines aurores

Avril 2011


   

vendredi 1 mars 2019

Arbres et forets; bjc26









                                           Forêts

Et je m'enfoncerai
dans ces forêts profondes
où les arbres frissonnent
comme des épidermes.
Je boirai à la source
le suc de vérité.
Puis j'irai vers la mer
où la vague dessine
sur le roc de granit
les fleurs de l'avenir.


1983



                                 Arbres abattus






Je me promenais, un matin d’été, dans la forêt quand j’aperçus soudain, couchés au bord du sentier, de grands arbres vigoureux qui la veille encore se dressaient vers le ciel. Ces arbres qui avaient recueilli tant de confidences et donné tant de joies aux promeneurs me disaient qu’ils auraient aimé vivre encore pour sentir la caresse du vent sur leur feuillage, entendre gazouiller les oiseaux, offrir leur ombre au marcheur accablé de chaleur, abriter les amours d’un couple passionné. 




vendredi 22 février 2019

Les chemins délaissés



Ce poème a été inspiré  par la lecture de Henry David Thoreau

                 
                              Les chemins délaissés


Ils partent un matin
fatigués de la ville.

Pour atteindre la plaine ils prennent des chemins

que les hommes délaissent.
L'instinct guide leurs pas.
Ils avancent vers l'ouest 
tel le fleuve fougueux qui va vers l'océan
et ils puisent leur force
dans le vent et la pluie, dans le chant des étoiles.
Ils écoutent les mots 
que chuchotent les arbres.
De saison en saison,
ils cherchent d’autres routes,
d'autres sentiers sauvages. 
Ils vont vers le futur.



* " L'Ouest dont je parle n'est rien qu'un synonyme 
du mot sauvage." (H. D. Thoreau, De la marche)
2010-2013

vendredi 15 février 2019

L'instant (poème)



C'était un matin d'été, dans les Vosges en 1980. Le lac que j'avais devant les yeux me parut d'une grande beauté. La scène m'inspira ce poème écrit en 1983.

L'INSTANT


Nous nous sommes assis
sur un vieux banc usé
pour regarder le lac
renaître de la brume.

D'autres viendraient demain
et dans cent ans peut-être
- nous ne le saurons pas -

Nous avons goûté le silence
et figé dans nos mémoires labiles
l'intimité de l'instant 
qui nous faisait vivre.

Texte publié dans l'anthologie Poètes d'aujourd'hui en Région Nord/Pas-de-Calais -1994


mardi 22 janvier 2019

Le cheval ( deux poèmes)





L'ENCLOS


Parfois, quand leur mémoire caduque
ne connaît plus le goût des escapades,
quand dans le regard de l'enfant qui passe
ils ne voient plus la lumière
des grands espaces,

subrepticement, des chevaux fatigués
accrochent aux barbelés de l'enclos
un brin de rêve.

Mai 2010

CES CHEVAUX QU'ON ABAT

Aux barbelés barbares de l'oubli, 
il a suspendu son galop,
 arraché sa crinière,
retenu un sanglot.
Le vieux cheval attend la nuit
et dans les yeux de l'enfant qui passe, 
il ne voit plus la lumière
des grands espaces.
Il devine son sort
et le sang qui s'écoule
dans la pâleur de l'aube.

Mai 2012

mercredi 16 janvier 2019

Autoportrait IV - Vers l'utopie




    Que sera l'homme de demain ?
Cette question que je me pose souvent, je la pense essentielle.
« Quel avenir se joue en tes entrailles, Femme Ventre adoré de la Terrible Humanité », a écrit le poète André Pourtier *.
« Que pèse une vie d'homme ? Et si les mots Fraternité, Dignité, Amour, ce n'était que cela» ajoutait-il.
Mêmes interrogations, même idéal. Le combat qu'il mène est aussi le mien. Il faut dire aux autres cette vérité incontournable. La crier avec une guitare, un poème ou un roman...Qu'importe le mode d'expression.

    Il est des humains heureux.
Il en est aussi qu'on torture et qu'on assassine.
Il en est qui sont tristes, et la tristesse des autres me peine.
Tristesse de la mère de famille qu'on devine encore jeune malgré la flétrissure du visage.
Tristesse du vieillard assis sur un banc. Seul.
Tristesse de l'ouvrier qui va au travail résigné, de l'homme assoupi que rien ne viendra réveiller, de l'humain écrasé par le poids des tabous, de l'intolérance, des vexations.
Il faut sauver l'Homme, lui rendre son âme d'enfant, lui donner des raisons d'espérer.
Utopie ?
    L'utopie ne serait-elle pas plutôt de croire que si l'on n'y fait rien, le monde va continuer d'aller ainsi d'une manière chaotique pendant des siècles ?

Extrait de : Un jour comme les autres - Mars 1974

* André Pourtier est le fondateur du CIPAF (Cercle International de la Pensée et des Arts Français) dont j'ai été membre. En 1998, il a reçu un prix de l'Académie française pour son recueil Ainsi parmi les hommes.










voyage et les marins