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mercredi 25 août 2021

la mer

 


Je connais des marins

qui vont de port en port

chercher Eldorado.

Fragiles voyageurs

ils s'arrêtent un jour 

sans avoir rien trouvé.

               *

Je connais des marins

que l'âge a ramenés

près des femmes dociles

vaincus et déjà morts.

Prisonniers dans leur île

avec leurs souvenirs

ils regardent la mer

et c'est la déchirure

               *

Appuyé sur le roc

je suis devant la mer.

C'est un matin d'été

peut-être un soir de brume.

La mer est devant moi

et m'emporte ô mystère

dans un rêve insondable.

                *

Je devine la source

et je vais vers le fleuve

puis reviens à la mer.

Comme un bon artisan

je tisse le poème.

              *

La mer est ma complice

et livre ses secrets

la texture du sable

le poli du galet

et l'algue et le plancton

et le roc et l'écume.

                 *

Le plus beau des voyages

je le sais aujourd'hui

il est au fond de moi

quand je comprends la mer.

                  *

Poème publié dans Présence des Lettres & des Arts

(décembre 1976 - Anthologie)


jeudi 19 août 2021

L'univers des poètes

     


 

   Dans la présentation de son anthologie de la poésie française, Jean-François Revel écrit : « Il y a très peu de grands poètes, et la plupart des grands poètes ont le plus souvent écrit très peu de beaux poèmes. »    Il ajoutait un peu plus loin : « Quelques auteurs sont poètes pour avoir écrit deux ou trois, parfois un seul poème méritant ce nom, ou, pourquoi pas ? un ou deux vers. »  

Que penser de ces deux jugements ?  

Si l’on admet que le grand poète est celui dont l’œuvre est celle qui résiste au temps (car les succès liés à la mode d’une époque ne prouvent rien), on peut être d’accord avec la première affirmation de Revel. Lui, ne citait parmi les exceptions à son affirmation que deux noms : ceux de Baudelaire et de Villon. Il aurait dû ajouter - au moins - Rimbaud dont l'ensemble de l'œuvre est d'une qualité poétique hors du commun.     En ce qui concerne les autres, c’est vrai que leur œuvre est inégale : Hugo, par ailleurs grand romancier, aurait gagné à publier moins de poèmes. On peut dire, à un degré moindre, la même chose de Verlaine.  On constate aussi que certains poètes retenus par les livres scolaires ou certaines encyclopédies ne sont que des faiseurs de vers plus ou moins habiles. Parmi eux, Jean Aicard et Pierre Dupont, dont on se demande comment ils ont pu être considérés comme des poètes dignes d'être étudiés à l’école.  Quant à la deuxième affirmation, je l’approuve sans hésitation. Écrire quelques lignes qui par leur inventivité, leur puissance évocatrice, l’originalité du langage, mériteront le nom de poème est le rêve de toute personne qui prend le risque de se confronter à la poésie et à des lecteurs.   

   Entrer dans l’univers d’un poète offre des intérêts divers. Le poème peut plaire pour sa musicalité,  l’originalité des images. Il doit surprendre le lecteur,  provoquer des émotions. Il pose des questions sur la condition humaine, il peut vous entraîner  dans un univers onirique, il développe des utopies qui plus tard deviendront réalité.  

   L'univers poétique élève celui qui écrit et celui a la curiosité d'y pénétrer.

les regrets;bjc26